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Chronique du Sud-est N°4

L’Europe unie déroute parce qu’elle innove. Elle dérange parce qu’elle oblige à pratiquer la politique différemment. En peinture aussi, les créateurs originaux se sont toujours heurtés à une résistance conservatrice, tournée vers le passé.

C’était particulièrement frappant le 9 mai, au Palazzo Vecchio de Florence, lors du débat entre quatre candidats à la Présidence de la Commission européenne. Dans la magnifique salle des Cinquecento, ornée des fresques de Vasari, la modernité de l’exercice ressortait encore mieux.

Organisée par l’Institut Universitaire Européen, cette joute était retransmise en direct par la télévision italienne (RAI News 24) puisque, pour la première fois, l’élection européenne va permettre aux citoyens de peser sur le choix du Président de la Commission. J’invite tous ceux que l’Europe intéresse à regarder cette discussion très animée entre les candidats des quatre principales familles politiques du Parlement européen : Guy Verhofstadt (centriste), Jean-Claude Juncker (conservateur), Martin Schulz (socialiste) et José Bové (vert). Voir la vidéo du débat.

Tour à tour émus, passionnés, agacés, ils ont apporté enfin à l’Union européenne ce qui lui manque le plus : des visages, de la vie.

C’était une belle leçon de démocratie supranationale où les passeports d’origine comptaient moins que les idées. Martin Schulz ne s’exprimait pas en tant qu’Allemand, ni Guy Verhofstadt comme Belge. Chacun défendait des opinions politiques, avec sa sensibilité. Les divergences étaient palpables : le socialiste a attaqué la finance ; le conservateur a défendu (mollement) le bilan de son collègue sortant José Manuel Barroso et demandé le respect de la discipline budgétaire ; le vert appelé à une révolution énergétique, le libéral-démocrate à une politique ambitieuse d’investissement et de croissance. Sur l’immigration, leurs vues étaient également différentes. Nous étions bien loin de la « connivence » dénoncée par les eurosceptiques. Bien sûr, tous ces courants politiques tiennent à poursuivre la construction européenne mais les personnalités qui s’affrontent, dans le débat national, ne souhaitent-elles pas la perpétuation de la République ? Cela ne choque personne. Et, dans de nombreux pays d’Europe, l’Allemagne ou l’Italie notamment, les coalitions au pouvoir ne font-elles pas des compromis, dans l’intérêt général ? Cessons donc de caricaturer.

Ce débat en anglais faisait aussi réfléchir sur nos œillères. A Paris, certains journalistes jugent cette hardiesse impossible. A force de nier la réalité de l’usage de l’anglais, en 2014, les Français sont non seulement abusés mais de surcroît privés d’entendre cette langue directement et donc de se perfectionner. L’anglais (de communication) s’apprend comme la natation ou la bicyclette. Il n’y a pas de quoi en faire un drame. Le plus drôle, c’est que, depuis des semaines, la télévision française oppose l’argument linguistique alors même que ces quatre candidats sont tous… francophones. Guy Verhofstadt a suggéré un débat en français, ce qui, pour un Flamand, dans le contexte belge, ne manque pas de courage. A suivre…

La qualité de ce débat, de cette confrontation invite à rejeter l’argument péremptoire selon lequel, il n’y aurait pas « de peuple européen ». Le peuple européen émergera si les Européens ont des raisons de se rassembler autour de personnalités identifiables, défendant des idées, portant un projet. A l’époque de Côme de Médicis, glorifié au Palazzo Vecchio, l’Italie non plus n’existait pas, ni l’Allemagne, et qu’était alors la France ?
Mais le plus extraordinaire était ailleurs. Au premier rang des spectateurs, assis sur une chaise ordinaire, un homme était venu tout spécialement de Rome pour suivre ce débat. Ce grand Européen a voulu témoigner, par sa présence silencieuse, l’importance de l’innovation démocratique en cours. Il était accompagné de soldats en grand uniforme, les Corazzieri qui forment la garde d’honneur du… Président de la République italienne.

Giorgio Napolitano et les Italiens nous ont donné une grande leçon : le lieu témoignait de l’attachement à la culture nationale. Les conditions du débat démontraient leur ouverture, leur foi dans l’avenir de l’Europe.

Sylvie GOULARD

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