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Chronique du Sud-Est N°12

Quand les hommes politiques français invoquent l’Allemagne, on croit voir la Tour Eiffel clignoter : la lumière de quelques « flashs », comme la tribune de Nicolas Sarkozy hier dans Le Point, ou l’appel de M. Montebourg à Siemens, dans l’affaire Alstom, perce une grande obscurité.

Chronique du Sud-Est n°12 : Au delà du franco-allemand clignotant

L’Allemagne mérite mieux que la manière dont certains l’utilisent. Je passe sur les amabilités déversées sur l’Allemagne par ses « partisans ». M.Sarkozy a dit en 2007 : « La France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale ». Et en 2008 : « Je me sens terrorisé à Berlin, ou encore à Francfort[1] ». M. Montebourg a traité Mme Merkel de « Bismarck ». Les Français oublient vite ces délicatesses, les Allemands ont tendance à s’en souvenir.

Les actes sont encore plus probants. La grande zone économique franco-allemande, stable, que Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux, existe déjà. C’est la zone euro, créée et façonnée par la France et l’Allemagne. Il suffit de la faire vivre, dans le respect des règles et des partenaires. En 2003, quand Nicolas Sarkozy était ministre des finances, il a empêché la fusion de Siemens et Alstom qui aurait donné naissance à un géant européen. Arrivé à l’Elysée, il a ignoré la discipline budgétaire. Le résultat de ses politiques a été une dette accrue, une compétitivité dégradée. La « crise » n’explique pas, à elle seule, la dégringolade française. Celle-ci a débuté plus tôt, notamment à cause de la réduction généralisée du temps de travail à 35 heures, puis de l’inertie de Jacques Chirac. Mais quand François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy, a dit en septembre 2007 qu’il était à la tête d’un « Etat en faillite » (sic), on voit bien que le diagnostic était posé avant la crise des subprimes de 2008, même si l’action n’a pas suivi.

Pendant la crise, des erreurs graves ont été commises, au nom d’un « franco-allemand » obsessionnel, notamment lors de l’accord de Deauville d’octobre 2010. Jean-Claude Trichet, alors Président de la Banque Centrale européenne l’a dénoncé avec force, comme la plupart des responsables européens. Sans le Parlement européen (lors des négociations du paquet législatif « 6 pack »), le Président français aurait obtenu que les règles de contrôle des comportements des Etats soient diluées. Belle conception de la stabilité !

Dans une Allemagne où la fiabilité et le respect des engagements sont des vertus cardinales, l’image de Nicolas Sarkozy n’est pas tout à fait celle qu’il se donne en France. Il aurait dit lui-même – ce qui est une belle preuve d’humour – « seule, l’Allemagne fait peur, seule, la France fait rire ». Comme Française, je ne ris guère qu’il soit comparé outre-Rhin à Louis de Funès même si cet acteur avait un grand talent.

L’appel de l’ancien Président est un leurre dangereux car il renforce les Français dans un certain nombre d’illusions.

Illusion sur la place de la France. Oui, la France et l’Allemagne conservent une responsabilité commune singulière, liée à leur poids et à leur histoire. Un retour de la France en Europe est même attendu, comme l’a rappelé Mario Monti récemment à Paris, mais le leadership au service de la cause commune n’a rien à voir avec un directoire.

Illusion sur les noyaux durs et autres retours à l’Europe des 6. Qu’elle coopère à 2, 6 ou 18 ne change rien aux efforts que la France doit accomplir : mieux gérer les finances publiques, réformer l’éducation nationale et la formation continue, baisser les charges sociales et élaguer la puissance publique. La France a aussi un effort à accomplir pour mettre à jour son « logiciel » : la politique industrielle ne peut pas consister dans l’ingérence de l’Etat au jour le jour ; le « patriotisme économique » est, dans le marché unique, une hérésie pouvant donner lieu à des rétorsions contre nos entreprises ; la globalisation ne se combat pas à coups de taxes aux frontières. La compétitivité ne tient pas seulement au niveau de l’euro. Il n’y a pas de « potion magique » et les Allemands ne transigeront pas, à raison.

Illusion sur la méthode d’avenir. Qu’on soit 2, 6 ou 18, ne change rien non plus aux limites des décisions entre gouvernements, chères à Nicolas Sarkozy. Soit les décisions se prennent à l’unanimité, à huis clos, et tout peut se bloquer, comme le prouvent l’impuissance collective en matière de politique étrangère et de fiscalité. Soit elles relèvent du vote majoritaire, public, comme il est de règle en démocratie, et l’intérêt général peut finir par prévaloir.

Illusion sur nos intérêts. En Allemagne aussi, la tentation existe de démolir la Commission et d’abandonner l’Europe communautaire, comme le suggère Nicolas Sarkozy. Mais quel intérêt y trouverait la France? Ce serait la loi du plus fort. Et le plus fort, en ce moment ce n’est pas la France. Et pourquoi l’Allemagne qui est sereinement au centre de la zone euro et de l’UE, devrait-elle accepter ce duo replié sur lui-même ?

La tribune de l’ancien Président de la République livre un message précieux : la France ne gagnerait rien à s’isoler. Mais sur l’Allemagne, le Président ne dit rien de neuf. Et sur le projet européen, il reste dans l’impasse gaulliste : vouloir une Europe forte avec des institutions faibles, dépourvues de moyens d’action. Ce n’est sûrement pas le moyen de lutter à armes égales avec l’Allemagne.

Sylvie goulard

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