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« J’assume être farouchement conservateur de ce qui tire le pays vers le haut et farouchement réformateur de ce qui tire le pays vers le bas »

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Découvrez l’entretien accordé par le président du MoDem au journal Le Monde daté du vendredi 12 juin, publié en ouverture des pages politiques du quotidien.

Propos recueillis par Matthieu Goar et Alexnadre Lemarié (Le Monde) / Crédits photo : © Olesya Shilkina

Vous aviez conseillé à Manuel Valls de rembourser son aller-retour à Berlin, son annonce est-elle suffisante?

C’était la seule décision à prendre, une manière de faire amende honorable sans trop se renier, une manière aussi de mettre un point final à cet incident. Les facilités que le pouvoir offre aux gouvernants sont une tentation sournoise devant laquelle il faut être perpétuellement être vigilant et bien armé pour résister.

Approuvez-vous les annonces du gouvernement en faveur des TPE et des PME ?

L’inspiration est plutôt juste. Mais les montages sont toujours compliqués. Pourquoi une prime pour le premier emploi, donc à nouveau des dossiers et des paperasses, et pas simplement une suppression des charges ? Le vrai problème de l’entreprise en France, c’est que son environnement, au sens écologique du terme, son biotope, son écosystème ne sont pas favorables. Trop de complexités, trop de charges, trop de normes, trop de seuils, trop de soupçons et des changements constants. Notre code du travail fait 2 000 pages. Qui peut le connaître ? Et les articles changent constamment. L’instabilité juridique ou fiscale crée du stress et nuit à l’investissement et à l’emploi.

Que proposez-vous pour relancer la croissance ?

Il faut déjà partir d’un principe simple : les problèmes de la France ne viennent pas de l’extérieur, pas de l’Europe, pas de l’euro, pas de Berlin. Ils viennent de nos choix nationaux, des erreurs accumulées au travers du temps. Il dépend de nous et de nous seuls que nous les corrigions.

Êtes-vous favorable au prélèvement de l’impôt à la source ?

Oui, tous les pays européens l’ont fait. C’est une modernisation intéressante. Mais le gouvernement l’annonce pour… 2018. Comme les élections sont en 2017, ça ne mange pas de pain comme on dit.

Seriez-vous toujours prêt à travailler avec Manuel Valls, comme vous l’affirmiez en octobre 2014 ?

C’est devenu impossible. Le Parti socialiste a choisi de ne rien changer à la stérilité de notre système politique. Une loi électorale injuste empêche de constituer des majorités réformistes. Et le gouvernement accumule les erreurs d’orientation, par exemple avec la réforme du collège.

C’est-à-dire ?

C’est une « réforme » idéologique. Son principe est l’égalitarisme, sa méthode le nivellement par le bas. Elle supprime les parcours différenciés qui permettaient à ceux qui le voulaient et le pouvaient d’aller plus loin, d’où qu’ils viennent. Elle supprime les classes européennes, les classes bilingues, la place garantie aux langues anciennes. Elle réduit les disciplines au profit d’une interdisciplinarité molle et floue, un saupoudrage désordonné.

L’appel pour un collège de l’exigence, que nous avons lancé avec Jean-Pierre Chevènement, Luc Ferry, Jacques Julliard, Pascal Bruckner, Michel Onfray, a recueilli en cinq jours près de 25 000 signatures. Les signataires sont blessés par cette réforme, et humiliés qu’on prétende qu’ils ne la connaissent pas, comme s’ils ne savaient pas lire. Certains m’accusent de faire le choix du conservatisme. J’assume d’être farouchement conservateur de ce qui marche et tire le pays vers le haut, et farouchement réformateur de ce qui ne marche pas et tire vers le bas.

Regrettez-vous d’avoir voté pour François Hollande en 2012 ?

Regret est un mot stérile. J’ai choisi l’alternance en 2012, comme trois ou quatre millions de Français qui n’étaient pas de gauche, parce que la campagne de Nicolas Sarkozy recherchait la division du pays sur les thèmes les plus dangereux, l’origine, la religion, les frontières. Un pays en crise ne peut pas se relever de ces divisions. Mais ma déception est immense devant la manière dont François Hollande conçoit la politique du pays. On ressent une absence de vision, une incapacité à saisir les grands choix historiques et à entraîner notre pays vers un destin commun.

Nicolas Sarkozy sort-il renforcé du lancement des Républicains ?

Les Républicains sont-ils différents de l’UMP ? Non. On n’a changé que le nom. Mais ce sont les mêmes dirigeants, les mêmes postures, et le même style. Juppé et Fillon mis à part, tous les discours au congrès prétendaient que la politique de Hollande était la seule cause des difficultés actuelles. Alors que le rythme de la dégradation dans tous les domaines est exactement le même qu’avant 2012, et que la responsabilité est évidemment partagée entre les deux majorités.

Comment expliquez-vous que Nicolas Sarkozy tienne des propos offensants à votre égard ?

Il n’arrive pas à admettre que sa défaite de 2012 ne vient pas des autres, mais de lui-même, de ses attitudes et de ses choix. Et il n’aime pas qu’on lui résiste.

Que pensez-vous de sa ligne politique ?

Nicolas Sarkozy a choisi de porter sa rivalité avec le Front national sur le terrain même du Front national, de ses thèmes et de ses obsessions. Alain Juppé et François Fillon se situent, eux, sur une ligne plus rassembleuse.

Votre participation à la primaire de la droite et du centre pour 2017 est-elle envisageable ?

Sauf tremblement de terre, non. Je suis très réservé sur le principe de cette primaire. D’abord, parce que c’est la primaire d’un camp. Or, pour le centre, se ranger dans un des deux camps, c’est se renier. De plus, une telle primaire donne une prime considérable au noyau le plus dur et le plus agressif. Regardez l’influence du Tea Party dans les primaires de la droite américaine. J’ai sur cette question de la primaire une différence d’appréciation avec Alain Juppé.

Avez-vous toujours l’intention de le soutenir à la primaire ?

Oui. Alain Juppé est aujourd’hui le mieux placé des réformistes pour faire naître la majorité dont la France a besoin. Il est estimable, il a de l’expérience, sa personnalité est volontaire et ses réflexes politiques modérés. Beaucoup d’électeurs du centre et de déçus du PS veulent se prononcer en sa faveur.

S’il gagne la primaire, vous ne serez pas candidat à la présidentielle ?

C’est le scénario qui a ma préférence.

Et, si Nicolas Sarkozy l’emporte, serez-vous candidat en 2017 ?

Je serai libre.

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