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Crise des migrants à Calais : F. Bayrou demande la tenue d’un « sommet opérationnel »

S’exprimant au micro d’Europe 1 ce matin, (3 août 2015) sur la crise des migrants à Calais, le président du MoDem a demandé « un sommet opérationnel entre la France et la Grande-Bretagne qui donnera aussi sa place à la mairie de Calais ». Le leader centriste souhaite également qu’y soient associés les ONG et Eurotunnel.

http://www.dailymotion.com/video/x306d2x

Patrick Roger – Je reçois ce matin François Bayrou, président du MoDem et maire de Pau, en duplex du Béarn. Bonjour !

François Bayrou – Bonjour.

Un point sur les migrants : que faire face à cette crise des migrants à Calais ? « C’est aux Anglais de se débrouiller, laissons-les passer » a dit l’ancien ministre Xavier Bertrand ce week-end. Quelle est votre position ?

C’est la crise de trop et tout le monde voit bien que l’on a atteint une situation absolument insupportable. Nous la voyons en France, mais elle se voit aussi ailleurs. Pour cette crise spéciale et particulière que nous vivons à Calais, il y a une chose impérative à faire : exiger un sommet opérationnel entre la France et la Grande-Bretagne, qui donnera aussi sa place à la mairie de Calais, parce que ce sont les habitants de Calais et les élus de Calais qui vivent au premier rang cette crise. Il faut ensuite que l’on y associe les associations, les organisations non gouvernementales et Eurotunnel.

Un grand sommet France – Angleterre avec tous les participants…

Oui, avec les deux gouvernements. On saute d’une attitude irresponsable à une autre qui est une attitude légère. L’attitude irresponsable est de dire « c’est de la faute des autres, ils n’ont qu’à se débrouiller et nous allons faire en sorte que nous, nous n’ayons plus cette charge sur les épaules ». Deuxièmement, l’attitude légère est celle qui consiste à publier des tribunes en disant « nous sommes très unis, nous allons tout faire ensemble » et puis rien n’est fait ! L’ exigence, pour moi indispensable, est donc qu’il y ait tout de suite un sommet opérationnel unissant les deux gouvernements, les élus locaux et les responsables associatifs, même si ce sont les gouvernements qui doivent choisir. C’est le moins que l’on puisse faire. Et puis, si vous me permettez d’ajouter une phrase, il y a une chose qui est extraordinairement frappante : ce que nous vivons en France à Calais sur le territoire français, c’est exactement la même chose que ce que nous faisons vivre aux Italiens à Vintimille ! Je pense au fait que des préoccupations uniquement nationales, la préoccupation uniquement de son souci à soi, comme État ou comme pays, l’emporte sur le sens élémentaire de la solidarité qu’il faudrait avoir. Ce qui est frappant quand on écoute bien, c’est que les plus anti-Européens viennent à vos micros et disent « il faudrait que l’Europe marche, mais ça ne marche pas » et ils font tout pour qu’évidemment elle ne marche pas !

Est-ce que cette crise des migrants est un échec selon vous justement de Schengen et de la politique européenne ?

Ce n’est pas une crise de Schengen puisque la crise à Calais est provoquée par le fait que la Grande-Bretagne n’appartient pas à Schengen !

Oui, mais il y a quand même beaucoup de migrants qui arrivent parce qu’il n’y a pas de contrôles aux frontières. C’est ce que disent certains en tout cas.

Regardez ce qu’il se passe à la frontière italienne, demandez-vous s’il n’y a pas ce genre de difficultés et à d’autres frontières ! Que l’on ne surveille pas assez est évident, mais la situation actuelle revient à ce que la France joue les garde-frontières pour la Grande-Bretagne. Nous sommes la police des frontières de la Grande-Bretagne alors que nous devrions avoir une autre vocation qui est de réguler ensemble et de faire que ces situations humainement intolérables pour les Français, pour les habitants de Calais, mais aussi pour les migrants eux-mêmes, ne perdurent pas. Donc il faut absolument changer d’attitude, se mettre opérationnellement autour de la table, sur le terrain, à Calais même, pour que les choses bougent enfin, et que l’on ne reste pas dans une situation qui en vérité dure depuis dix ans.

François Bayrou, cette crise des migrants se joue aussi sur fond de déstabilisation en Syrie et en Libye, de terrorisme. Vous êtes allé en Tunisie la semaine dernière, un pays frappé par les attentats et qui subit du coup une désaffection des touristes. Qu’avez-vous constaté précisément là-bas ?

Je constate plusieurs choses. Premièrement, il n’y a plus ou presque plus de tourisme en Tunisie, ce qui est un drame épouvantable économique pour ce pays. Deuxièmement, je constate une mobilisation des forces de sécurité qui est immense, une réelle volonté des responsables gouvernementaux, de Président de la République, du Premier ministre, de tous les ministres en charge et des formations politiques diverses qui forment la majorité en Tunisie. Les Tunisiens ont réussi une transition démocratique qu’ils sont les seuls à avoir mené jusqu’à son terme. Il faut arriver à une conclusion : ce qui se joue en Tunisie, ce n’est pas le sort de la Tunisie uniquement, ce qui se joue en Tunisie et d’une autre manière en Algérie, c’est le sort de nos pays, de notre société occidentale.

Est-ce que les Tunisiens réclament de l’aide, de la coopération, de la part de la France et de l’Europe dans leur combat contre le terrorisme ?

Ils réclament de l’aide et ils mettent – cela est fondé ou pas – en balance les efforts énormes qui sont faits pour la Grèce. Il faut leur rappeler que la Grèce est membre de la zone euro, membre de l’Europe et que d’autres pays ne le sont pas. Mais ils mettent en balance des chiffres qui sont évidemment incomparables entre les deux. Ils ont eu un peu d’espoir parce qu’il y a eu une réunion à Bruxelles des instances européennes et des responsables gouvernementaux de la Tunisie pour essayer de faire bouger les choses. Ils demandent de l’aide mais ils demandent surtout que nous soyons là pour garantir que leur développement économique, le tourisme et leur sécurité seront mieux aidés qu’ils ne le sont aujourd’hui. Par exemple, l’aide première qu’ils demandent, c’est l’aide à la surveillance des frontières ! Et cela coûterait en effet quelques centaines de millions, pas plus, de les aider à surveiller la frontière avec la Libye. Et la France naturellement a une responsabilité particulière parce que notre pays a joué un rôle tout à fait déterminant dans la création de la situation qui est celle que nous avons aujourd’hui en Libye.

Vous voulez dire, dans la déstabilisation de la Libye ?

Oui, le fait qu’il y a eu en Libye le déclenchement d’une guerre et qu’il n’y a pas eu de suite donnée à cette guerre, que l’on n’a pas fait ce qu’il fallait.

Nicolas Sarkozy, qui était en visite comme vous il y a quelques jours en Tunisie, a rejeté la faute sur la communauté internationale et implicitement sur François Hollande…

C’est très facile de rejeter la faute sur les autres. Tout le monde voit bien qu’il y a eu en Libye le déclenchement d’une guerre sans que l’on pense à la sortie. Il s’agissait d’une guerre qui avait deux aspects : un aspect était souhaitable et fondé, c’était le fait que l’on sauve les populations de Benghazi. Une zone d’exclusion aérienne aurait suffi pour cela – cet aspect je l’ai moi-même approuvé –. Et puis il y a une deuxième chose qui a été ensuite le déclenchement de la guerre définitive en Libye avec tout ce qui s’est produit et qui fait qu’aujourd’hui, il n’y a plus la moindre trace d’État en Libye. C’est le chaos, l’anarchie tribale, religieuse, de tous les trafics possibles, et il revient à a communauté internationale, à la France au premier chef qui devrait s’en faire le porteur aux Nations-Unies, de dire qu’un mandat de l’ONU devrait avoir comme premier objectif de remettre un minimum d’ordre, un minimum d’État, un minimum de force à la loi dans ce pays aujourd’hui abandonné au chaos.

François Bayrou, un mot sur le drame en Bretagne ce week-end avec les quatre jeunes tués et le conducteur sans permis. Il y a eu cette polémique avec la garde des Sceaux qui a décidé de remplacer les passages devant les tribunaux par des amendes plus lourdes. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une manière de déresponsabiliser les automobilistes sans permis ?

C’est irresponsable. Le fait qu’un responsable gouvernemental, chargé de la justice, donc d’une certaine manière de la loi qui protège, dise au fond « ce n’est pas si grave de conduire sans permis, on va remplacer une comparution par une amende », est irresponsable. Et on ne voit pas par quel cheminement on est arrivé à ce genre d’irresponsabilité. Moi je ne suis pas systématiquement opposé à ce que la ministre de la justice dit, notamment sur les prisons, mais je suis extrêmement choqué par une proposition de cet ordre, qui revient à dire aux plus jeunes, à ceux qui ont parfois une adolescence peu équilibrée, « ce n’est pas si grave ». Or c’est gravissime et on vient de le voir en Bretagne.

Merci François Bayrou. Qu’allez-vous faire de votre été ? L’écriture d’un livre, de la lecture ?

Je travaille. Je ne suis pas très « vacances » donc je travaille, en effet je lis, j’écris et puis je m’occupe de la vie à Pau qui est extraordinairement intéressante pendant l’été.

Merci François Bayrou, président du MoDem et maire de Pau.

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