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« Les réfugiés ne veulent pas venir en France ! »

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Le leader du Modem a estimé ce soir sur Europe 1 qu’en 20 ans d’abandons et d’impuissances, la France est arrivée à un point où des réfugiés qui ont tout perdu ne veulent plus venir dans notre pays.

« Les réfugiés ne veulent pas venir en France »

Il est rare d’arriver à un accord car en général, on tergiverse. C’est bien que l’Europe puisse arriver à un accord,  je trouve que cela va dans le bon sens. C’est une décision d’urgence pour des gens qui ont tout perdu et abandonné. Mais cela ne résout cependant pas les questions de moyen et long terme. Est-ce que le chiffre – de 24 000 pour la France, 120 000 ou 160 000 pour l’ensemble de l’Union européenne – est à la mesure de ce qu’il se passe et de ce qu’il pourrait se passer ? Je n’en suis pas du tout certain. Troisième chose, et que je trouve incroyable : ces réfugiés ne veulent pas venir en France. On est devant des gens qui ont tout perdu et pour qui l’image de la France est devenue telle que, d’une certaine manière, ils s’écartent d’elle. Que l’on s’imagine ce qu’a été le statut de la France, l’image de la France, sa puissance, la morale qu’elle transmettait aux autres, le pays des Droits de l’Homme, tout ce dont nous nous sommes gargarisés en 20 années, d’abandon en abandon, d’impuissance en impuissance, nous en sommes arrivés au point que les réfugiés ne veulent pas venir en France. C’est extraordinairement révélateur de la situation dans laquelle le pays se trouve.

[…]

24 000 réfugiés à accueillir est un petit chiffre : les Pyrénées-Atlantiques sont le centième de la France donc nous en accueillerons environ 240 ; Pau est le quart du département donc nous en recevrons environ 60, soit 20 familles. Sur deux ans, il n’y a pas de difficultés à accueillir et intégrer ces familles. Il faut également les identifier. Selon Marielle de Sarnez qui s’est rendue aux frontières de la Grèce et de la Macédoine, il y a des Syriens, Afghans, Irakiens et Erythréens, ce sont les quatre principaux groupes identifiés. Ce n’est pas la même facilité d’intégration, de même qu’il faut faire la différence entre réfugié de guerre menacé de mort et immigré économique.

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Pour moi, la stratégie de long terme passe par une décision internationale qui pour l’instant n’a pas été prise et qui consiste à instaurer, définir et défendre des régions d’accueil dans lesquelles nous défendrions par interdiction de survol un minimum de paix, de sécurité et d’ordre. Cette zone d’accueil doit être, évidemment, organisée et il faut que les puissances internationales cessent d’être spectateurs impuissants, ou de se laver les mains. Cette démarche internationale devra inclure la Russie, l’Iran et la Turquie, on est en train de rebattre les cartes. Si l’on intervenait sous mandat international, on ferait notre travail, on sauverait des gens et on pourrait en renvoyer.

Volkswagen : si les tricheurs ont triché, ils seront punis !

Il y a bien des cas où l’on est devant des bricolages ou des dissimulations, mais si c’est vrai ce qui est écrit, c’est vraiment stupéfiant. Que l’on ait développé un logiciel pour truquer des prélèvements de gaz d’échappements au sortir du moteur, que cela ait été fait avec cette précision-là, alors oui c’est absolument stupéfiant et c’est de nature au fond à remettre en cause les images d’Épinal avec lesquelles nous vivons, puisque nous disions avant d’entrer dans le studio : « jamais nous aurions imaginé associer le mot tricheurs à des Allemands ».

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La société dans laquelle nous vivons a beaucoup de défauts mais quelques qualités : la transparence ou l’exigence de vérité devient une donnée que l’on ne peut pas tromper, à laquelle on ne peut pas échapper et c’est très bien comme ça ! Et si les tricheurs ont triché, ils seront punis !

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Si les voitures françaises sont exemptes de ce genre de risques, alors les clients, les consommateurs se tourneront vers les voitures françaises, cela peut être un mal pour un bien. Pour Volkswagen, je ne suis pas sûre que cela s’efface de si tôt. Mais si nous avons, nous, des procédures et des processus de fabrication qui sont insoupçonnables, alors d’une certaine manière, nous y gagnerons.

« Entre le pire et le condamnable, il y a une nuance »

Ce qui me glace, c’est qu’en réalité nous n’avons aucune réponse nouvelle à apporter. Il y en a qui s’imaginent que nous pouvons faire des lignes Maginot et empêcher les gens de traverser les frontières. On peut les contrôler et en réduire le nombre mais je ne crois que l’on peut empêcher. Si nous voyions nos enfants mourir mais nous aussi nous ramperions sous les barbelés ! Il n’y a pas si longtemps que, de chez nous, nous avons vu nos villages être des pays d’émigration. Nous avons été l’un des pays où la misère entraînait les plus jeunes, les plus courageux, peut-être les plus aventureux à s’en aller, il ne faut pas l’oublier. En tout cas, je ne supporte plus que nous n’ayons que des réponses convenues, administrativo-technocratiques.

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J’ai été peut-être un des seuls responsables politiques français à m’opposer à l’idée générale qui était qu’il fallait bombarder Damas. Le premier à avoir demandé cela était Nicolas Sarkozy puis François Hollande et Alain Juppé. J’ai toujours dit que c’était ouvrir la voie à Daech et s’ils avaient mis la main sur la Syrie, cela aurait été une catastrophe encore plus importante que s’ils avaient mis la main sur le Mali. Je suis plus proche de ceux qui disent « Priorité à la lutte contre Daech ». Pour apporter une touche un peu plus optimiste, il semble que la Russie est en train de bouger et qu’elle est en train de dire « Bien sûr, il faut régler la question des pires » mais après, Assad ne doit pas rester. Je trouve que la diplomatie française a été très péremptoire et soutenue par beaucoup d’intellectuels qui m’ont attaqué sur les positions que j’avais prises. Il me semble que, lorsque vous êtes en situation de gouvernement, il y a une chose que vous devez faire, c’est hiérarchiser l’urgence. Entre le pire et le condamnable, il y a une nuance.

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D’un bout à l’autre de notre société, il y a des vagues de rejet de ce qui vient, et je ne parle pas de racisme, c’est simplement des déséquilibres qui viennent. Je pense que la question des réfugiés doit être posée sous l’angle de l’équilibre des populations, du nombre qui vient, parce qu’un petit nombre est très facile à intégrer et même à affectueusement intégrer. Dès l’instant que le nombre grandit, il y a des mécanismes de groupe qui se mettent en place et des rejets qui ne sont pas toujours fondés sous le racisme mais simplement un déséquilibre du fait que « l’autre » vient mettre en place. L’exemple de Mayotte est intéressant, où il y a des vagues de rejet contre des Comoriens : c’est la même religion, la même culture, la même langue et les mêmes familles, simplement ils voient arriver des milliers de personnes qui viennent accoucher sur le sol mahorais. Ce sont des questions que l’on ne doit pas, quand on est un responsable politique, poser uniquement sur le plan des principes. On doit vivre ensemble, en Europe aussi, donc je suis moins sur le thème « donneur de leçons » et davantage sur le thème « on peut discuter et exercer des pressions ».

Politique de François Hollande : « On ne voit pas de ligne directrice : un pas en avant, deux pas en arrière »

François Hollande n’a tenu aucune des principales promesses qu’il avait prononcées, notamment lors de son anaphore « Moi, président ». Sur les « recasages » de complaisance, il suffit de lire le grand dossier de L’Obs, il avait pourtant un engagement formel sur ce point. « Moi Président de la République j’instaurerai la proportionnelle pour que toutes les sensibilités soient représentées », avait-il dit aussi. C’est une question centrale : il y a 50% des Français qui n’ont pas de représentants, comment voulez-vous qu’une démocratie marche comme ça ? Et puis, tout ce qui a été dit sur la dette, le déficit… Rien n’a été respecté.

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Et il y a une deuxième question, c’est la manière dont la fonction est assumée. On ne voit pas de ligne directrice : un pas en avant, deux pas en arrière. Ca a été le cas sur la question des quotas, par exemple.

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Tout ceci, ajouté à l’explosion de la gauche, pour des raisons idéologiques, fait pour moi qu’il y a un obstacle qui me paraît très difficile à franchir pour ne pas dire infranchissable devant la nouvelle candidature de François Hollande.

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Cette élection va connaître un acte très important avec la primaire de la droite. Vous savez bien que j’ai exprimé le fait que, si c’était Alain Juppé qui était désigné, je le soutiendrais. Permettez-moi de noter au passage que ce n’est pas si fréquent qu’un responsable politique qui a un socle de voix substantiel dise « si c’est un autre, je le soutiendrai, même s’il n’est pas de mon parti ».

« Vous ne pouvez pas avoir un Premier ministre qui ne soit pas issu du parti le plus important de la majorité »

J’ai lu beaucoup de papiers qui prétendent qu’il y a une entente, un ticket : l’un à l’Elysée, l’autre à Matignon. Ceux qui disent ça ne comprennent rien aux institutions. Vous ne pouvez pas avoir un Premier ministre qui ne soit pas issu du parti le plus important de la majorité. Parce que, quand il n’est pas issu de ce parti – demandez à la mémoire de Raymond Barre, qui pourtant avait beaucoup de députés – ça se passe très mal.

[…]

Vous voyez bien la situation du pays. Vous avez vu les sondages ? Nous sommes devant la nécessité d’une rupture profonde. Ce qui est frappant pour moi, c’est que le débat politique tourne autour de la question de l’alternance. C’est-à-dire : ou bien il garde le pouvoir ou bien ceux qui ont été chassés en 2012 reviennent au pouvoir. Je pense que, si l’élection présidentielle de 2017 se résumait à la question de l’alternance, ce serait une catastrophe. Parce que, mettez qui que ce soit dans les mêmes conditions de gouvernement, il est incapable de prendre les bonnes décisions qui s’imposent. Il faut changer la pratique de nos institutions. Il faut favoriser la vision et le courage en politique. Et il faut pouvoir faire des majorités larges pour imposer des idées dont, au fond, tout le monde est convaincu. Pourtant, on passe son temps à jouer, à mentir sur le fait que l’on pense des choses très semblables. De ce point de vue là, il y a une grande question de mutation de notre vie politique qui seule peut nous permettre de sortir de l’ornière où nous sommes.

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