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Affaire des émeutes de 2006 aux Invalides : « Si c’est vrai, c’est une forfaiture »

Pour le président du MoDem, il est indispensable de démêler le vrai du faux dans l’affaire des émeutes de 2006 aux Invalides que Nicolas Sarkozy auraient sciemment laissé se dérouler à en croire Patrick Buisson, son conseiller de l’époque.

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Bonjour François Bayrou.

Bonjour.

La France réclame un cessez-le-feu à Alep, Jean-Marc Ayrault en appelle à Poutine pour une solution politique, êtes-vous d’accord avec cela ?

Évidemment mais si on réfléchit une seconde, cela montre une fois de plus qu’un pays isolé ne peut pas peser sur les évènements. La seule voie possible, si un jour on souhaite changer les choses de façon déterminante, est de former une volonté européenne et que tous ensemble – les pays de l’Union européenne – nous disions à la Russie, aux belligérants : « nous ne pouvons pas continuer ainsi, nous avons besoin d’une trêve et d’un couloir humanitaire ».

Vous voyez bien que nous ne sommes pas dans cette disposition, que les États-Unis et l’ONU échouent, c’est même une impuissance de leur part. Bashar el-Assad est accusé de crime de guerre, la Russie est-elle complice selon vous ?

La Russie s’est engagée aux côtés de Bashar el-Assad et pour l’instant elle ne choisit pas la moindre sortie de guerre, elle choisit la voie d’aller au bout de la guerre. Je suis en désaccord lorsque l’on dit « l’Europe ne veut pas et ne peut pas ». Je crois que l’Europe voudra et pourra le jour où la France aura une voix assez forte pour se faire entendre.

Il y a beaucoup de futur et de conditionnel dans vos propos. Vous êtes donc d’accord avec la demande de cessez-le-feu à Alep. Vous avez dit « la France ne peut pas se faire justice toute seule », elle a plus de 20 000 hommes à l’extérieur et sur le territoire, fait-elle bien la guerre ?

Je le souhaite, je ne suis pas un expert des interventions et des bombardements de la France. Tout le monde sait que nous en faisons moins que les autres en raison du déséquilibre des forces.

Nous en faisons moins que qui ? Les Allemands, les Anglais ?

Que les Américains lorsqu’ils interviennent.

Nous ne sommes pas les Américains !

Nous ne sommes pas les Américains, c’est vrai, et vous voyez bien que vous en revenez à l’affirmation qui est la mienne : le jour où l’on voudra compter, ce sera ensemble ! Seule l’union des Européens pourra faire la force et changera l’équilibre sur le terrain.

Vous dites tout cela au futur : « quand on pourra, quand l’Europe voudra ». Nous pouvons toujours patienter mais en attendant il y a des gens qui meurent. Le Président de la République a invité son prédécesseur aux funérailles de Shimon Peres, à votre avis est-ce un geste de courtoisie républicaine ou y a–t-il quelque chose d’autre de caché ?

Il y a peut-être des arrières pensées mais franchement je pense que c’est secondaire, je pense qu’il a bien fait d’inviter Nicolas Sarkozy. Shimon Peres était un homme d’État, non pas pour Israël mais pour toute l’humanité, c’est quelqu’un dont le regard, la sagesse, la vitalité et le chemin qu’il a fait pour passer des faucons à ceux qui veulent construire la paix méritent un hommage mondial.

Redescendons un peu, peut-être même beaucoup. Patrick Buisson a dit hier : « le pire pour la droite serait non pas de perdre mais d’être à nouveau cocue avec Nicolas Sarkozy ». Êtes-vous d’accord ?

Pas du tout, pas avec cette analyse. Je pense que ce qui est dans le livre de Monsieur Buisson – que je n’ai pas lu et que personne n’a lu car nous ne l’avons pas encore, nous en connaissons des passages – sont un nombre de choses que nous savions déjà sur le caractère de Nicolas Sarkozy et que j’avais déjà souligné. Aujourd’hui, ce qui assez drôle, c’est que ce sont ses plus proches collaborateurs qui révèlent ce que j’ai dit il y a déjà longtemps. Il y a une chose extrêmement lourde dans le livre de Monsieur Buisson, c’est l’affirmation selon laquelle Nicolas Sarkozy a fait exprès de laisser se dérouler et même de favoriser les incidents si graves qui avaient eu lieu aux Invalides en faisant tout pour que des casseurs y entrent dans le but d’effrayer la population et pour servir ses desseins électoraux. Si cela est vrai, cela porte un nom : c’est une forfaiture. C’est quelqu’un qui trahit sa mission au profit de ses intérêts. Je ne sais pas si cela est prouvable ou prouvé mais il y a là quelque chose de très grave.

Nicolas Sarkozy a dit hier qu’il ne se laisserait pas impressionner par ce qu’il appelle la bassesse, la trahison et la calomnie. Nous pouvons peut-être demander à Patrick Buisson de rendre les enregistrements qu’il a faits en cachette, c’est un homme qui a enregistré sans le dire tous les propos de son employeur. Lui accordez-vous du crédit ?

Je n’ai ni crédit ni débit à accorder. Comme vous savez, ce n’est pas mon courant de pensée et même j’en suis très loin. Mais il y a une affirmation : si c’est vrai, c’est une forfaiture. De ce point de vue, j’imagine que l’on a tous les moyens de savoir si cela est vrai ou non.

Faut-il ouvrir une enquête ?

Il faut qu’il y ait une enquête !

Au passage, Patrick Buisson n’a pas démissionné quand il a entendu les propos de Nicolas Sarkozy. Il les a même peut-être encouragés et il est resté avec lui une dizaine d’années. Puis il n’a pas perdu beaucoup d’argent. D’après Le Monde d’hier, en cinq ans l’Élysée a versé plus de 3,3 millions aux sociétés de Monsieur Buisson.

Monsieur Elkabbach, il y a un responsable politique français qui, quand il a appris tout cela, a décidé de l’écrire dans un livre ! Ce livre s’appelait Abus de pouvoir. Cet homme politique, c’était moi. J’ai vu à cette époque se développer dans la plus absolue impunité des attitudes, des choix, des pratiques, des entorses à la légalité qui étaient pour moi strictement insupportables ! Vous vous souvenez que ce livre a eu d’abord un très grand succès en librairie, puis une polémique qui était absolument injustifiée est née, car ligne à ligne, tout ce qui était écrit dans ce livre Abus de pouvoir était vrai !

Donc il faut tout faire pour battre Nicolas Sarkozy.

Vous savez que j’ai beaucoup de doutes sur les primaires. Mais il y a maintenant une chance que l’on puisse avoir un responsable, un candidat, un futur président qui soit à la fois honnête, rassembleur, courageux ; qui a des qualités personnelles pour que ces abus et cette manière perpétuels d’avoir une loi pour les puissants, une loi pour les faibles, changent ! Et que l’on se retrouve avec un système politique oxygéné, différent !

Alain Juppé devance Nicolas Sarkozy, cela veut dire que vous n’aurez pas à y aller. Êtes-vous soulagé ce matin ?

Je trouve que ce sera une chance pour tout le monde ! Je suis heureux de faire ce qu’après tout très peu de responsables politiques font. Quelqu’un qui a un soutien dans l’opinion, des intentions de vote et qui dit « je suis prêt à aider quelqu’un d’autre si c’est pour ce que je considère comme le bien de notre pays ».

Est-ce de la générosité ?

Je ne sais pas si c’est de la générosité comme vous dites ironiquement. Disons que c’est un geste qui permet de montrer à ceux qui nous écoutent que peut-être l’intérêt général est pour certains – pas pour tous – plus important que les intérêts privés ou partisans.

Est-ce que vous pensez que tout est joué, tout est plié ?

Pas du tout. Je pense que cette primaire va être extrêmement serrée parce que le mécanisme même de la primaire ne sert pas les candidats équilibrés.

Si en mai 2017, Nicolas Sarkozy est au deuxième tour face à Marine Le Pen, qui choisissez-vous ?

Pour l’instant, je ne veux pas aborder cette hypothèse.

Toutes les hypothèses doivent être considérées.

Et bien, vous demanderez à Nicolas Sarkozy ce qu’il fait si je suis moi au deuxième tour.

Oui, mais vous ne partez pas.

Je ne pars pas parce qu’il n’est pas candidat !

Si c’est Nicolas Sarkozy face à François Hollande, faites-vous gagner François Hollande ?

Multiplier les hypothèses de cet ordre, c’est fait pour brouiller l’esprit des gens ! C’est fait pour qu’ils se détournent de l’essentiel. L’essentiel est qu’il y a une occasion – j’allais dire inespérée – en tout cas rare, à la fin du mois de novembre que l’on puisse trouver l’ensemble de l’opposition – quelques soient les sensibilités et d’où viennent les gens quelqu’un qui de bien !

Emmanuel Macron est-il en train de séduire votre électorat ?

Emmanuel Macron est le principal responsable de la politique qui a été faite par François Hollande depuis quatre ans. C’est l’homme qui a inspiré et conduit la politique et franchement si vous me dites que c’est ça mon courant politique, c’est que vous n’avez pas tout à fait les yeux en face des trous !

 

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